Posez la question à cinq prestataires et vous recevrez cinq chiffres, de 0 à plus de 10 000 €. Aucun des cinq ne ment forcément. Ils ne parlent simplement pas du même objet. Cet article s'adresse aux artisans, commerçants, indépendants et associations qui ont besoin d'un site vitrine, pas d'une boutique de 2 000 références. Les fourchettes sont celles que l'on constate en 2026 sur ce type de projet ; demandez-les toujours par écrit à qui vous les annonce.
Les cinq tranches de prix, et ce qu'elles contiennent vraiment
Moins de 300 € : vous le faites vous-même. Une plateforme comme Wix (16,80 € par mois en forfait Light, soit environ 200 € par an) ou un générateur par IA vous donne un site en ligne le soir même. Ce que vous payez n'est pas sur la facture : vos soirées, et un résultat qui ressemble à celui de milliers d'autres. Votre fiche Google reste à faire, personne n'écrit vos textes pour qu'on vous trouve, et le site vit tant que l'abonnement est payé. C'est un choix légitime pour tester une activité ou pour une clientèle qui vient uniquement par le bouche-à-oreille.
0 € au départ : le site par abonnement. Un commercial se déplace, tout est « compris », vous ne sortez rien le premier mois. Puis un loyer mensuel, souvent sur 48 mois, avec préavis. Un exemple jugé en 2026 : 192 € TTC par mois pendant 48 mois, soit 9 216 € pour un site qui n'appartient pas au client à la fin. Certains de ces contrats sont des locations financières revendues à un organisme de crédit : résilier devient une affaire juridique. C'est la tranche où il faut lire le contrat avant le devis.
500 à 1 500 € : un freelance, un site d'une à quelques pages. Ici commence le travail fait pour vous. Selon le prestataire, c'est un modèle adapté à vos couleurs ou une page dessinée pour votre métier, avec vos textes relus ou écrits, et parfois la fiche Google. La différence entre un devis à 600 € et un devis à 1 400 € dans cette tranche tient presque toujours à deux choses : qui écrit les textes, et si la page est conçue ou réglée. Posez les deux questions.
1 500 à 4 000 € : un freelance expérimenté ou une petite agence, un site complet. Accueil, une page par prestation, contact, parfois une page d'actualités ou de réalisations. Les textes sont écrits pour être trouvés sur Google, la fiche Google est reliée, le site est testé sur téléphone, les mentions légales et le RGPD sont faits. C'est la tranche de la plupart des artisans et commerçants qui veulent être trouvés, et c'est celle où les devis sont les plus difficiles à comparer, parce que le contenu varie du simple au triple pour un prix proche.
4 000 à 10 000 € : une agence, un cahier des charges. Une équipe, un chef de projet, une direction artistique, souvent une boutique, une réservation en ligne, un espace client ou plusieurs langues. Au-delà de 10 000 €, ce n'est plus un site vitrine mais une application avec une vitrine devant, et ça se pilote comme un projet logiciel. Pour cinq pages, cette tranche se justifie rarement : vous payez l'équipe, pas le site.
Pour situer : chez Ferrand Studio, un site d'une page avec fiche Google coûte dès 690 €, un site jusqu'à cinq pages dès 1 490 €. Ces deux chiffres sont dans les troisième et quatrième tranches, et le reste de cet article vaut quel que soit le prestataire que vous choisirez.
Pourquoi deux devis honnêtes peuvent aller de 1 à 5
Pour le même site de cinq pages, un devis à 900 € et un devis à 4 500 € peuvent être tous les deux sincères. Trois questions font l'essentiel de l'écart.
Est-ce conçu pour vous ou réglé pour vous ? Un modèle acheté 60 € et rempli avec vos contenus, ou une maquette dessinée pour votre activité. Le premier se repère au troisième concurrent qui a le même.
Qui produit quoi ? Si vous fournissez textes et photos, le prix baisse. Si le prestataire écrit pour Google et photographie l'atelier, il monte. Un devis bas suppose souvent que vous ferez cette partie, sans l'écrire.
Qu'est-ce qui est branché et qu'est-ce qui reste à la main ? Un formulaire qui arrive dans votre boîte mail, tout le monde le fait. Une prise de rendez-vous reliée à votre agenda, un catalogue à tenir à jour, un paiement : c'est du travail en plus, et il doit tenir sur une ligne du devis.
Un devis bas n'est pas un mauvais devis. Le problème, c'est de découvrir après signature ce qu'il ne contenait pas.
Ce n'est pas le nombre de pages qui fait le prix
On croit payer des pages. On paie des modèles de page. Une page unique, c'est un modèle à dessiner, à écrire et à tester sur téléphone. Un site avec accueil, trois prestations et un contact, c'est trois ou quatre modèles différents. À l'inverse, cent pages sur cinq modèles coûtent moins cher que quinze pages qui en demandent douze. Quand un prestataire vous annonce un prix « par page », demandez plutôt combien de modèles il compte concevoir : c'est le chiffre qui explique le devis.
Les six postes que les devis oublient
Ce sont presque toujours les mêmes, et ce sont eux qui font la différence entre un site qui travaille et un site qui existe.
Les textes. Personne ne lit un site, on le parcourt ; et Google le lit mot à mot. Écrire cinq pages qui répondent à ce que vos clients tapent prend plusieurs jours. Si ce n'est pas sur le devis, c'est pour vous.
Les photos. Le poste le plus sous-estimé et le plus visible. Un bon site avec des photos moyennes rend moins bien qu'un site moyen avec de bonnes photos. Prévoyez une demi-journée de photographe, ou au minimum une séance au téléphone, bien éclairée, sur chantier ou en boutique.
La fiche Google. Pour un commerce ou un artisan, c'est par elle que la majorité des clients arrivent. Créée, validée, remplie, reliée au site : demandez si c'est inclus, et jusqu'où.
La reprise de l'existant. Si vous avez déjà un site, vos anciennes adresses de pages doivent rediriger vers les nouvelles, sinon vous perdez ce que Google savait déjà de vous. Une refonte sans plan de redirection coûte des mois de visibilité.
La prise en main. Une heure pour savoir changer un horaire, une photo, un prix. Sans elle, le site se fige au bout de trois mois.
Le suivi après la mise en ligne. Les premières semaines d'usage réel révèlent toujours quelque chose : un formulaire qui part en spam, un lien cassé, une tournure à revoir. Combien de temps le prestataire reste-t-il, et pour quoi faire ?
Les coûts qui reviennent chaque année
Le prix de création est le chiffre qu'on retient ; le coût sur trois ans est celui qui compte.
Le nom de domaine, de 8 à 20 € par an selon l'extension. L'hébergement, de 40 à 120 € par an pour un site vitrine. Des licences, si le site repose sur un thème ou des extensions payantes : souvent 50 à 200 € par an, et le site peut casser si elles expirent. La maintenance, obligatoire dès qu'il y a un WordPress ou un autre CMS à mettre à jour, optionnelle sur un site livré en code sans CMS :comptez de 60 à 350 € HT par mois pour un site vitrine selon ce qui est compris. Et un petit budget d'évolution chaque année, pour ne pas attendre la refonte complète dans cinq ans.
Additionnez : un site à 1 500 € plus 500 € par an coûte 2 500 € sur trois ans ; le même site en abonnement à 192 € par mois, 6 912 €. Le premier chiffre du devis est rarement celui qui fait l'écart.
Comment lire un devis
Cinq lignes à chercher, et à demander si elles manquent.
- Le point de départ : modèle du marché ou conception sur mesure. C'est la variable qui pèse le plus.
- Le nombre de modèles de page conçus, plutôt que le nombre de pages.
- Qui écrit, qui photographie, qui crée la fiche Google.
- Ce qui se passe après la mise en ligne : durée du suivi, périmètre, tarif au-delà.
- À qui appartiennent le nom de domaine et le code, écrit noir sur blanc. Si cette ligne n'y est pas, posez la question : « si j'arrête de vous payer, qu'est-ce qui reste à moi ? ». Une réponse floue est déjà une réponse.
Ce que le prix ne dit pas
Deux choses comptent plus que le montant.
Qui fera le travail. Chez un indépendant ou une petite structure, la personne que vous rencontrez est celle qui livre. Dans une agence, pas toujours. Ni l'un ni l'autre n'est un défaut, mais vous devez savoir qui appeler quand quelque chose coince, et un indépendant doit vous dire ce qui se passe s'il est malade au milieu de votre projet.
Ce qui se passe si ça tourne mal. Un délai écrit sur le devis, une règle claire si vous changez d'avis en cours de route, un prix fixé avant de commencer. Ces trois lignes valent plus qu'une remise.
Questions fréquentes
Un site à 500 € est-il forcément mauvais ?
Non, mais son périmètre est limité et il faut le savoir en signant. C'est un choix rationnel pour démarrer ; c'est un problème s'il est présenté comme du sur-mesure.
Abonnement mensuel ou prix fixe ?
L'abonnement lisse la dépense, c'est souvent son seul avantage. Vérifiez ce qui reste à vous quand il s'arrête. Un prix fixe avec le code remis vous laisse partir quand vous voulez.
Combien coûte une refonte si j'ai déjà un site ?
Moins qu'une création si la structure et les adresses restent les mêmes. En pratique, c'est rare : un site de 2017 a presque toujours une structure à revoir.
Faut-il un budget chaque année ?
Oui, au minimum le domaine et l'hébergement, de 48 à 140 € par an. Le reste dépend de ce que vous voulez déléguer.
Pour situer votre projet
Deux questions suffisent à savoir dans quelle tranche vous êtes : voulez-vous un modèle réglé ou un site conçu pour votre métier, et qui écrit les textes ? Avec ces deux réponses, n'importe quel prestataire sérieux peut vous donner un chiffre en un échange. Le mien dure 30 minutes et ne vous engage à rien.
Maxime Ferrand
